La Reine des Neiges est un projet qui revient de loin. Cette adaptation d'un conte d'Andersen a été maintes fois mise de coté, Walt Disney lui-même n'aura pas réussi à mettre la main sur ce récit. Mais grâce au succès critique et public de l’excellent Raiponce, le film refait enfin surface, et entame ce qui a de grande chance de devenir le nouvel age d'or du Walt Disney Animation Studio.

 

Pourtant difficile de prévoir une telle réussite, le département marketing du studio étant encore une fois à coté de la plaque. À en croire les bandes annonces et les campagnes d'affichage, on était en droit d'attendre un recyclage peu inspiré de la formule de Raiponce. Rien qui ne préparait à un ton refaisant corps avec les classiques Disney des années 90, tout en chamboulant les acquis du genre avec finesse. Car s'il y a bien un point où La Reine des Neiges tire sa force est dans sa narration, détournant les codes du film de conte de fées au service du récit et de ses personnages. L'attention principale du film est de narrer une véritable histoire d'amour entre deux s½urs, n'hésitant pas à mettre en dérision les clichés du «love at first sight» pour arriver à ses fins. Tordre les codes du film de princesses pour apporter plus de substance aux personnages et leur périple, on est loin de la beauferie d'un Shrek faussement subversif (soit l'humour post-moderniste en cache-misère d'un récit d'une pauvreté abyssale).

 

L'histoire se concentre donc autour des deux princesses Anna et Elsa (oui chers parents, il faudra prendre deux poupées pour vos petites filles cette année), les seconds rôles masculins ne servant que d'appui et rarement de résolution au récit. En cela Frozen apporte un discours sur la féminité des plus pertinents, au contraire d'un Rebelle qui ne fait qu'ajuster des valeurs masculines dans un corps de femme. Ici, les deux s½urs sont là pour mettre en exergue deux facettes bien distinctes de l’adolescence: la naïveté innocente face à l’éveil des sens et de la sensualité. Le point culminant du film résidant dans le chanson «Libérée, Délivrée», Elsa assumant enfin ses pouvoirs pour se libérer des contraintes et de la pression qui pesaient sur elle. Elle se défait ainsi de ses apparats royaux pour adopter une tenue qui épouse au plus prés ses formes. Anna quand à elle, si elle souffre de l'éloignement de sa s½ur, garde tout de même une vision idéaliste et optimiste du monde. Son parcours initiatique prend alors sens quand qu'elle sera confrontée à la dure réalité. Kristoff, son partenaire de route, servira de catalyseur pour lui ouvrir les yeux. Même Olaf le petit bonhomme de neige, en plus de ne pas être un insupportable prétexte à l'humour forcé, rempli un but narratif précis. Il est le pont affectif entre Elsa et Anna, en tant que fruit de l'enfance des deux jeunes filles, il en devient la dernière marque de tendresse. Ce qui se concrétise dans sa caractérisation. Les gags qui utilisent sa condition de bonhomme de neige n'ont font jamais trop et par conséquent sont drôles et effectifs sans jamais empiéter sur le récit. Il reste ainsi discret et aimant avec sa voix tout en chuchotement finissant de convaincre que oui, ce personnage a bien une existence propre, et l'on s'y attache très rapidement. Un sidekick sincèrement touchant loin des amuseurs de galerie que l'on avait l'habitude de voir récemment dans d'autres production animées. Outre ces personnages réussis, le film n'oublie pas de tirer parti de son environnement, de par son folklore nordique et son background de toute beauté. La Reine des Neiges, en plus d'être un merveilleux conte, possède un visuel à faire décrocher la mâchoire.

 

On se souvient de ce que Raiponce avait réussi à faire dans le domaine de l’animation en images de synthèse, à savoir apporter la fluidité de l'animation 2D. Mais La Reine des Neiges va plus loin encore dans l'envie de diluer les frontières entre tradition et technologie. Le film retrouve la colorimétrie des grands classiques tel La Belle et la Bête. Les teintes de couleurs offrent des tableaux impressionnant autant par leur composition que leur ampleur. Que ce soit un bateau pris dans une tempête au large. Ou encore la séquence où Elsa construit un palais de glace à la beauté sidérante lors de la chanson citée plus haut (de plus, le relief de la version stéréoscopique renforce l'architecture baroque du lieu) : La plupart des panoramas touchent au sublime. La neige y est ainsi grandement mise en valeur. En elle-même, elle représente un bel exploit technique (voir cette vidéo), mais c'est l'éclairage qui lui ai adossé lui donne ce timbre unique. Et que dire, du climax qui balance un des plans les plus somptueux tous Disney confondus. Sans trop en révéler, il est l'aboutissement de la démarche narrative du film et pourra difficilement laisser de glace tant l'investissement émotionnel y est puissant. Une réussite évidente qui justifie à elle seule la vision du film. Il est clair maintenant que Jennifer Lee est un talent à surveiller de prés au sein des studio Disney. Scénariste sur Les Mondes de Ralph et La Reine des Neiges, ainsi que co-réalisatrice sur ce dernier (qui au passage est la première femme à occuper ce poste dans une production du Walt Disney Animation studio), en deux films elle aura su faire preuve d'une sacré créativité avec des idées fraîches qui revitalisent de bien belle manière la magie Disney.

 

On ne peut pas encore dire ce que l'avenir réserve aux films d’animation Disney, mais au moment où Pixar peine à se renouveler, la maison mère a enfin retrouvé le droit chemin. Espérons que ce magnifique cadeau de noël ait le même impact que La Petite Sirène en amenant une nouvelle décennie d’½uvres incontournables.

Cet article a été originellemnt publié ici :  http://chronicssymdrome.wordpress.com/2013/12/26/coeur-de-glace-critique-la-reine-des-neiges/