Note à moi même : je n'ai aucune idée de ce que va donner ce dossier, il peut être très long comme très court, sans aucune organisation. Donc désolé si ce n'est pas clair.

Note aux autres : Cet article révèle la fin du film L'Impasse de Brian de Palma. Et comme c'est le meilleur film du monde, regardez-le avant de lire cet article.

 

Il y a des oeuvres, comme ça, qui marquent énormément tout au cours de la vie. Certaines, comme L'Impasse me concernant, sont des oeuvres fondatrices de la culture, et même de la vocation d'une personne. D'autres, arrivant plus tard dans la vie de la personne en question, sont simplement des chocs émotionnels, influençant bien entendu ladite personne, tout en l'empêchant de penser à autre chose durant des semaines. Ce second genre d'oeuvres, la chanson Les Charognards de Renaud.

Cette chanson, dont les paroles décrivent les reflexions des passants à la vue d'un gangster tué par la police dans la rue (faisant directement écho à la fameuse affaire du bijoutier de Nice, ayant soudainement transformé la France en Far West dans lequel on se fait sa propre loi, le temps de quelques semaines). J'ai donc tout de suite vu le rapport entre ces deux oeuvres, toutes les deux racontées posthume par un gangster, une épée de Damoclès au dessus de la tête, en permanence. 

L'Impasse de Brian de Palma (écrit par David Koepp)

"Désolé les mecs.Tous les points de suture du monde pourront pas me recoudre. Laisse tomber. Laisse-toi aller. Ils vont m'allonger dans un sallon des pompes funèbres Fernandez de la 109ème rue. J'ai toujours su que j'y ferais un saut. Même beaucoup plus tard que ce que croyaient pas mal de gens. Le dernier des Mohicans portoricain. Enfin, peut être pas le dernier. Gail sera une bonne mère. Un nouveau Carlito Brigante, en mieux. J'espère qu'avec le fric elle va s'en aller. Y'a pas de place dans cette ville pour les coeurs aussi grands que le sien. Pardon ma chérie. J'ai fait du mieux que je pouvais. Je t'assure. Mais ce voyage, tu peux pas le faire avec moi. Je commence à avoir froid. C'est la dernière tournée. Le bar va fermer. Le soleil se couche. Où on va pour le petit déjeuner ? Je veux pas aller trop loin. J'ai passé une sale nuit. Je suis fatigué, mon amour. Fatigué."

 

Les Charognards de Renaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Il y a beaucoup de monde
Dans la rue Pierre Charon
Il est 2 heures du mat'
Le braquage a foiré

J'ai une balle dans le ventre
Une autre dans le poumon
J'ai vécu à Sarcelles
J'crève aux Champs Elysés

Je vois la France entière du fond de mes ténèbres
Les charognards sont là la mort ne vient pas seule
J'ai la connerie humaine comme oraison funèbre
Le regard des curieux comme unique linceul

"C'est bien fait pour ta gueule
Tu n'es qu'un p'tit salaud
On n'portera pas le deuil
C'est bien fait pour ta peau"

Le boulanger du coin a quitté ses fourneaux
Pour s'en venir cracher sur mon corps déjà froid
Il dit "J'suis pas raciste mais quand même les bicots
Chaque fois qu'y a un sale coups ben y faut qu'y z'en soient"

"Moi Monsieur j'vous signale que j'ai fait l'Indo-Chine"
Dit un ancien para à quelques arrivistes
Ces mecs c'est d'la racaille c'est pire que les vietmines
Faut les descendre d'abord et discuter ensuite

"C'est bien fait pour ta gueule
Tu n'es qu'un p'tit salaud
On n'portera pas le deuil
C'est bien fait pour ta peau"

Les zonards qui sont là vont s'faire lincher sûrement
Si y continuent à dire que les flics assassinent
Qu'on est un être humain même si on est truand
Et que ma mise à mort n'a rien de légitime

"Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère"
Dit un père bérêt basque à un jeune blouson de cuir
"Et si c'était ton fils qu'était couché par terre
Le nez dans sa misère" répond le jeune pour finir

"C'est bien fait pour ta gueule
Tu n'es qu'un p'tit salaud
On n'portera pas le deuil
C'est bien fait pour ta peau"

Et Monsieur blanc cassis continue son délire
Convaincu que déjà mon âme est chez le diable
Que ma mort fût trop douce que je méritais pire
J'espère bien qu'en Enfer je r'trouverai ces minables

Je n'suis pas un héros j'ai eu c'que j'méritais
Je ne suis pas à plaindre j'ai presque de la chance
Quand je pense à mon pote qui lui n'est que blessé
Y va finir ses jours à l'ombre d'une potence

"C'est bien fait pour sa gueule
Ce n'est qu'un p'tit salaud
On n'portera pas le deuil
C'est bien fait pour sa peau"

Elle n'a pas 17 ans cette fille qui pleure
En pensant qu'à ses pieds il y a un homme mort
Qu'il soit flic ou truand elle s'en fout sa pudeur
Comme ses quelques larmes me réchauffent le corps

Il y a beaucoup de monde
Dans la rue Pierre Charon
Il est 2 heures du mat'
Mon sang coule au ruisseau

C'est le sang d'un voyou qui révait de millions
J'ai des millions d'étoiles au fond de mon caveau
J'ai des millions d'étoiles au fond de mon caveau"

 

Alors bien sur, le propos de ces deux oeuvres est différent. La première est une conclusion logique à une histoire fataliste racontée par un personnage qui est destiné à mourir aux portes du paradis (littéralement), alors que la seconde s'essaye à une critique d'une société pour qui un truand se voit dépossédé de son statut d'être humain. Mais là où les deux oeuvres se rejoignent, c'est dans l'état d'esprit du personnage. On a dans les deux cas un personnage à la fois conscient que la mort leur pendait au nez, qui sont pris de pitié pour ceux qui ont survécu (Gail du côté de l'Impasse, le poté pour Les Charognards). Ils ont également une sorte d'obsession du détail en citant machinalement des lieux ancrés autour d'eux, renforcant alors l'impression que leur mort aurait pu survenir plus tôt.

Cet article se terminera donc ici. Pas une étude de texte, pas une analyse ou quoi. Simplement une présentation de deux oeuvres similaires, tellement marquantes que c'en est effrayant.