On ne se rend pas compte à quel point la sensibilité d'aujourd'hui, en Occident, est clairement le fait d'une influence chrétienne qui se fit sur plusieurs siècles. Les notions de pudeur, de résistance à la vulgarité sont autant de marques de la pensée biblique. La sensibilité qui en émane est profondément en opposition avec ce que l'on pouvait lire, par exemple, à Rome quelques décennies avant la naissance du Christ.

Au temps de l'Antiquité romaine, la liberté de ton était plus forte. Certaines pratiques, réprouvées par l'Église, comme l'homosexualité, étaient tolérées. En découvrant Catulle, poète romain, je découvris également un nouveau rapport au corps mais aussi à ce que l'on appelle encore parfois "les bonnes mœurs". Les poèmes de Catulle sont souvent vulgaires pour nos oreilles d'occidentaux christianisés, de gré ou de force, mais sont surtout d'une grande drôlerie. La poésie ne se résume pas à quelques pauses mélancoliques de romantique français, elle peut aussi se faire plus directe et cocasse. Voici un extrait d'un poème de Catulle illustrant à merveille ce poète de l'outrance.

Catulle
 
 
« Thallus l'enculé, plus mou que le poil du lapin, que la moelle de l'oie, que le fin bout de l'oreille, que le membre flasque du vieillard, que la toile moisie de l'araignée, Thallus, plus rapace aussi que les tourbillons de la tempête, quand la lune tem ontre les hens du vestiaire qui bâillent, renvoie-moi mon manteau que tu m'as volé, mon moncoir de Saetabis et mes broderies thyniennes, que tu étales à tous les yeux, imbécile, comme un legs de tes ancêtres. Décolle-moi tout cela de tes ongles et renvoie-le moi, sinon sur tes petites côtes velues et sur tes mains mollettes les coups de fouet brûlants laisseront leurs traces honteuses et tu t'agiteras de manière insolite comme un frêle esquif surpris sur la mer immense par un vent furieux. »


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