J'avais envie de vous parler un peu de Chateaubriand aujourd'hui. Les Mémoires d'outre-tombe est probablement l'œuvre la
plus riche, la plus intéressante, de l'écrivain romantique. En presque 3 000 pages, François-René nous raconte sa vie comme s'il s'agissait d'un roman fleuve, un de ces romans-feuilletons à la Dumas.
Avec de nombreux rebondissements et des voyages incroyables.

L'extrait que j'ai choisi n'est pas le plus connu mais demeure fort
intéressant sur plusieurs points. Chateaubriand revient à Paris
en 1800, la révolution française n'est plus. Seulement, par cette
description chargée, on retrouve un lexique de la désolation
admirable, Chateaubriand nous fait le compte-rendu d'un monde en
ruine. C'est la barbarie des idéaux qu'il cherche à dépeindre, en
pointant du doigt les stigmates de ces tristes moments. L'utilisation de la devise républicaine, détournée et arrivant en plein milieu du paragraphe, reste également un modèle d'intelligence. L'écrivain
construit son environnement pour mieux mettre à bas cette phrase
célèbre, incarnant désormais un idéal devenu une barbarie.

Chateaubriand méprise la révolution française

"A droite et à gauche du chemin, se
montraient des châteaux abattus; de leurs futaies rasées, il ne restait
que quelques troncs équarris, sur lesquels jouaient des enfants. On
voyait des murs d'enclos ébréchés, des églises abandonnées, dont les
morts avaient été chassés, des clochers sans cloches, des cimetières
sans croix, des saints sans tête et lapidés dans leurs niches. Sur les
murailles étaient barbouillées ces inscriptions républicaines déjà
vieillies : Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort. Quelquefois on
avait essayé d'effacer le mot Mort, mais les lettres noires ou rouges
reparaissaient sous une couche de chaux. Cette nation, qui semblait au
moment de se dissoudre, recommençait un monde, comme ces peuples sortant de la nuit de la barbarie et de la destruction du Moyen Age
."

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