J'évoquais, dès le premier billet de ce blog il me semble, le suivi pas à pas de l'écriture d'un roman. Je commence dès aujourd'hui. Je suis retombé il y a peu sur quelques
chapitres écrits il y a 4 ou 5 ans. Après relecture, je me suis dis
qu'il était bête de laisser tomber ces quelques pages. Du coup,
j'ai commencé une refonte totale de ces prémisses d'un roman.
Aujourd'hui, le narrateur du roman se rend à un concert improvisé après avoir reçu un coup de téléphone d'une ancienne amie. Il s'y rend, subit la bouillie musicale des musiciens amateurs, et termine la soirée dans
l'appartement d'un des musiciens. Cet extrait décrit la découverte de l'appartement par notre brave narrateur.

Le début de la souffrance
"On arriva enfin à
l'appartement de Baptiste. Il vivait en collocation, comme beaucoup de
gens de son espèce. Le genre de compromis médiocre qu'aime à mettre en
avant les petits bourgeois avides d'indépendance. Une indépendance qui
ne tient que par le vernis dont elle est enduite. Bien évidemment. Ca
puait la clope, la sueur, le renfermé et même la gerbe dans certaines
pièces. Baptiste et sa colocataire vivaient au milieu des CDs, des
vinyles, des instruments de musique et des bières à moitié ouvertes. Une vraie porcherie indigne d'un être humain. Mais tout à fait adéquate
pour un artiste type
underground.
Dans le salon, on pouvait voir une table
basse transparente, légèrement fêlée sur les côtés et globalement crade. Des ronds de crasse, disposées irrégulièrement sur la vitre,
constituaient des témoignages fébriles d'anciennes beuveries. En face,
un canapé un peu déglingué faisait office de « pose-culs ». La fesse
frôlant à peine le tissu, on se sentait partir comme à la renverse.
Aspiré par une entité molle qui n'avait pu lieu d'être. Disposés un peu
partout, des sièges cherchaient à masquer le vide de cet antre.
Après le salon, ce fut au tour de la
cuisine. Le carrelage n'était pas des plus brillants. Les jointures
viraient marron. Le micro-onde était moucheté de tâches de sauce, les
boites vides s'empilaient, sur la table de la cuisine ou sur le sol.
Baptiste avait une certaine notion de l'hygiène qui avait de quoi
surprendre. Une sorte de résurgence du baba-cool dans les années 2000.
Un anachronisme à éradiquer comme un furoncle sur un postérieure.
Me dirigeant de nouveau vers le salon, je
découvris la fameuse colocataire. Un joint dans les mains. Du bout des
doigts, telle une fétichiste, elle cherchait à garder le plus longtemps
possible son précieux objet. Elle tirait dessus à intervalle régulier,
les yeux déjà rouges, l'air hébété. On pouvait dire qu'elle planait
depuis un bon bout de temps.
Une fois que nous fûmes tous installés,
Baptiste proposa une pizza à ceux qui en voulaient. Il était déjà 1
heure du matin. Vu l'état de la cuisine, je me suis dis que m'abstenir
n'était pas une mauvaise chose. De la tête, je déclinai la proposition.
Par contre, pour la bière, je n'hésitai pas un instant. Le cul vissé sur un haut tabouret noir, en cuir déchiré, j'observais tel un Zarathoustra de fortune la décadence festive d'une jeunesse ectoplasmique."
Le blog d'origine : http://breviairedesvaincus.blogspot.com/