Il est déplorable de voir comment l'on traita Céline après la
seconde guerre mondiale. La polémique la plus connue, et
probablement une des plus emblématiques, est celle qui confronta notre
grand styliste français au philosophe Jean-Paul Sartre. L'homme
qui se trompa sur à peu près tout à propos de son siècle. Céline, dans un texte admirable, giflait admirablement ce dictateur de la
pensée unique qui réclamait sa tête, et ce n'est pas une image, en le
qualifiant d'"agité du bocal".

 Céline nous parle de sa correspondance

C'est en lisant Nord, livre s'inscrivant dans la trilogie
allemande de Céline, retraçant son périple en Europe durant la
seconde guerre mondiale, que je découvris ce passage amusant dans lequel Ferdinand nous évoque son courrier. Et c'est à travers ces
quelques lettres que se dresse, un peu comme Molière pouvait le
faire dans ses pièces, la peinture morale des hommes.
L'élaboration d'un stéréotype pertinent. Le lâche n'hésitant jamais à
sauter d'un camp à l'autre pour éviter au maximum les coups de bâton.

"Je vois encore aujourd'hui même je
reçois des lettres de menaces très horribles, vingt ans après, de
personnes qui n'étaient pas nées...il va de soi, j'ai bien
l'habitude!...je note à propos, que les lettres de menaces les plus
agressives ne sont jamais signées...tandis que les lettres de l'autre
bord, d'admirateurs tant que ça peut, portent toutes, les noms et
adresses...gentils amateurs d'autographes!...rigolo, c'est que peut-être ce sont les mêmes qui vous préviennent qu'ils vont venir vous mettre en pièces et puis l'autre semaine, d'une autre écriture, vous trouvent
l'incomparable génie qu'ils se désolent et pleurent nuit et jour à
penser combien l'humanité tellement abjecte vous a traité et vous
traite...beaucoup plus mal que le dernier des parricides...il faut de
tout pour faire un monde, et plus que tout dans le même être...à
comprendre, vous avez bonne mine!
"

La résonance de cette énième digression de Céline dans le
texte fait forcément penser à ces résistants de papiers qui s'inventent
aujourd'hui des combats, s'insurgent contre des fantômes faute de
comprendre la réalité de leur temps. Ces jeunes imbéciles, qui couvent
la naïveté de leur âge sous des apparats crasseux, devraient comprendre
que se battre contre le nazisme ou le fascisme, avec une
conception digne des années 40, est aussi inutile qu'absurde.

 Ils sont redoutables car ils ne comprennent rien
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