Aujourd'hui, petit détour par l'un de nos contemporains, Alain
Finkielkraut
. Plus penseur, essayiste, que philosophe, Finkielkraut reste pourtant une figure intellectuelle intéressante de notre
époque. Dans son ouvrage, La Défaite de la pensée, on peut lire une critique de ce temps qui ne cesse de renier ses fondements, la culture et donc son identité, pour des données marchandes. En clair, l'éradication de ce qui n'est pas dans le marché par le marché.

Dans l'extrait qui suit, Finkielkraut nous parle des
contre-révolutionnaires et du préjugé comme fédération d'un peuple. Là
où les philosophes ne voient qu'un ennemi à combattre. Une critique
rare
dans une époque où le milieu scolaire ne cesse de chérir les
philosophes des Lumières.

Alain défend les préjugés

"En proclamant leur amour du
préjugé, contre-révolutionnaires français et romantiques allemands
réhabilitent le terme le plus péjoratif de la langue des Lumières, et -
comble d'audace, provocation suprême - ils l'élèvent à la dignité de
culture. Ce n'est pas, disent-ils, l'obscurantisme qui fleurit sur le
sommeil de la raison individuelle, c'est la raison collective. Présence
du "nous" dans le "je" et de l'antérieur dans l'actuel, véhicules
privilégiés de la mémoire populaire, sentences transmises de siècle en
siècle, intelligence d'avant la conscience et garde-fous de la pensée -
les préjugés constituent le trésor culturel de chaque peuple. Sous
prétexte de répandre les Lumières, les philosophes se sont acharnés
contre ces précieux vestiges. Au lieu de les chérir, ils ont voulu les
détruire. Et, non contents de s'en défaire pour leur propre compte, ils
ont exhorté le peuple à les imiter
."

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