Synopsis: En 1943, durant la Seconde Guerre mondiale, des aviateurs britanniques, canadiens, australiens, polonais et américains qui ont déjà essayé de s'évader se retrouvent dans un camp de prisonniers de la Luftwafte (le Stalag Luft III). Les prisonniers profitent alors de leurs conditions de vie relativement confortables pour organiser une fuite collective prévue pour 250 personnes via trois tunnels...

Réalisateur: John Sturges

Année de sortie: 1963

Distribution:
Steve McQueen : Capitaine Virgil Hilts
Richard Attenborough : Commandant Roger Bartlet
James Donald : Colonel Ramsey
James Coburn : Louis Sedgwick
Charles Bronson : Lieutenant Daniel Wellinski
Donald Pleasance : Colin Blythe
...


Maquette des lieux où se déroule l'action. Elle se trouve en lieu et place de l'ancien camp en Pologne, devenu musée

Basé sur des faits réels relatés dans le récit de Paul Brickhill, pilote de chasse australien lui-même enfermé au Stalag Luft III et ayant participé à la mise en place de la fameuse évasion (il ne put emprunter le tunnel pour cause de claustrophobie, ce qui est évoqué dans le film au travers du rôle de Charles Bronson) on suit donc l’arrivée, la mise en place, la méthodologie puis le parcours des évadés de ce camp de prisonniers qui se voulait exemplaire dans ce succès du cinéma de 1963.


Une bien belle brochette de prisonniers !

Réalisé par John Sturges (Les 7 Mercenaires) la mise en scène est efficace et sans fioritures. Certes c’est devenu un poil ‘vieillot’ - et encore pas vraiment, c’est juste que le rythme est plus lent et les moyens de production loin des standards d’aujourd’hui - cependant on sent bien qu’il s’agit d’un ‘film de prestige’ comme on dit. L’action elle est parfaitement claire, on comprend tout ce qui se passe à chaque instant et la course-poursuite finale en moto aura marqué son époque (vu de nos jours elle est assez banale. Réussie sans conteste, mais banale)


The American True Hero, cool and very courageous. And with a motorbike of course !

La distribution est prestigieuse, les décors de qualité et le script aux petits oignons. Malgré ses 2h45 on ne voit pas (trop) le temps passé. Il faut dire qu’avec sa multitude de personnages, de situations et de rebondissements, il y a de quoi raconter sans lasser le spectateur. J’avais déjà eu l’occasion il y a de nombreuses années de voir ce film et il m’avait alors laissé un goût d’amertume sans que je ne me souvienne véritablement de la raison… À la revoyure cette sensation m’est revenue en mémoire et cette fois-ci j’avais l’explication devant les yeux : le sort des différents protagonistes n’est pas particulièrement enviable, loin de là.


"Dites-moi, ce camp, pour le construire, les allemands on dépensé sans compter, non ?"

D’ailleurs ces scènes finales particulièrement marquantes tranchent avec le reste du métrage qui lui est plutôt Bon Enfant (et qui oui peut faire étrange au vu du sujet…). Un sentiment de « tout ça pour ça » qui peut frustrer le spectateur - moi le premier - mais qui se justifie de fait dans les cartons finaux donnant sens au pourquoi du comment. À savoir mobiliser le plus de troupes possibles à leur basque pour réduire du mieux qu’ils peuvent les soldats au front. Il n’y a pas de petite victoire…


Les amerloques du camp font ce qu'il peuvent pour organiser un 4 juillet convenable... au milieu de britanniques...

En dehors de cette sensation un poil piteuse de cette conclusion (mais bon la guerre ce n’est pas un conte de fées…) c’est avec un certain plaisir que l’on suit nos pauvres bougres durant leurs mésaventures au camp. Précision au passage qu’il s’agit d’un camp de prisonniers de guerre, il n’est pas question ici d’extermination de masse ou d’horreurs qui eurent lieu en d’autres lieux - pas de travaux forcés, les prisonniers ne meurent pas de faim et sont ‘relativement’ bien traités (toutes proportions gardées…).
Alors évidemment la situation n’est pas non plus celle d’un Club Med et les gardes-chiourmes ne lésinent pas sur les basses besognes mais disons que l’ambiance ici est ‘plus coulante’ (là aussi je dis cela avec précaution…). L’exemple le plus frappant pour illustrer ceci est de toute évidence le cas du Capitaine Virgil Hilts, alias Steve Mc Queen alias « le Roi du Frigo » ("The Cooler King" en VO, encore plus explicite). Malgré ses écarts de conduite, son arrogance et même ses tentatives d’évasion, il ne sera pas exécuté là où dans un camp de la mort il aurait été abattu sans sommation à la première incartade.


Le Grand soir. Notez Donald Pleasance, deuxième en partant de la gauche (pour ceux qui ne connaîtrait pas son visage) qui le regard perdu s'échappe tout en étant presque aveugle...

Au côté de l’idole américaine se tient donc une distribution 5 étoiles : Charles Bronson, Donald Pleasance, David McCallum, Richard Attenborough… pour ne citer que les plus connus. Dans les visages moins célèbres je note la prestation de James Garner, un acteur à la carrière pourtant étoffée mais dont le visage ne restera pas dans la mémoire du public (c’est injuste mais c’est ainsi…).
Une chose assez cocasse à noter, surtout vu depuis notre époque de bien-pensance absolue, c’est que de toute la durée du film (165 minutes) pas une seule voix de femme ne sera audible, et elles seront quasiment invisibles. On en croisera en arrière-plan lors des scènes du train et de la gare notamment mais sans que jamais elles ne soient mises en avant d’une quelconque manière. Ha ha ha… c’était vraiment une autre époque !


"Mais Attendez !?... Ce n'est pas la sortie pour la Place de Clichy !"

Un téléfilm sorti en 1988 et incorrectement nommé « La Grande Évasion 2 » reprend en fait la même histoire mais en se focalisant plus sur « l’après » (la guerre j’entends). On y retrouve Christopher Reeve en héros et fait amusant encore Donald Pleasance mais dans un tout autre rôle.


Super-Résistant

Interlude musical

Comment évoquer La grande Évasion sans mentionner - et faire écouter - son thème principal qui résume parfaitement l'ambiance de ce film entre gravité de la situation et légèreté des protagonistes. Elle est composé par Elmer Bernstein, qui posera ses notes sur de nombreux scripts, et en particulier sur The Blues Brothers.

 

  • Éditeur : MGM Interactive
  • Développeur : Pivotal Games
  • Année de sortie : 2003
  • Joué sur XBOX

À l’instar de « Bons Baisers de Russie » qui sortait également en salle en 1963, « La Grande Évasion » connu lui aussi une adaptation tardive en jeu vidéo, sortie elle en 2003 sur PC, PS2 et Xbox (la version que j’ai jouée). Le second film de l’agent 007 reste donc à ma connaissance le portage vidéoludique le plus éloigné de son inspiration cinématographique (42 ans, pour « seulement » 40 pour le titre dont il est question ici).
Comparaison n’est pas raison mais vu qu’on en est là il est de bons alois de préciser que « The Great Escape » est graphiquement bien moins abouti que «  From Russia with Love », et  principalement en ce qui concerne les protagonistes. Car autant Sean Connery et ses petits camarades étaient parfaitement reconnaissables autant ici Monsieur McQueen et ses compagnons d’infortune sont méconnaissables. Heureusement qu’on sait que c’est lui d’avance parce que je vous garantis que vous ne le reconnaitriez pas avec le visage de son modèle 3D dans le jeu…


Pas évident de reconnaître Donald Pleasance et James Garner mais c'est pourtant bien censé être eux...

Toutefois nous incarnerons ici plusieurs personnages, à savoir MacDonald (Gordon Jackson), Hendley (James Garner), Sedwick (James Coburn) et Hilts (Steve McQueen) qui se répartiront sur les 18 missions que compte l’aventure. Cette dernière est découpée en trois sections distinctes :

  • Ce qui se passe AVANT le film et qui amène les protagonistes à se retrouver au Stalag Luft III (missions 1 à 7)
  • Le camp en lui-même avec ses missions et objectifs qui collent plus ou moins avec la trame cinématographique (8 à 10)
  • Les différents parcours des évadés pour tenter de rejoindre la frontière et la liberté, là aussi basés sur le scénario du film mais avec beaucoup d’extrapolation (10 à 18)

Tout le jeu sera cependant basé sur de l’infiltration, de la ruse et disons-le de la gruge face à l’IA des troupes allemandes pas forcément très au clair. La multiplication des situations permet d’éviter une trop grande redondance même si oui sommairement on fera souvent la même chose, c'est-à-dire traverser des environnements en tentant de ne pas attirer l’attention. Mais c’est suffisamment diversifié pour qu’à chaque nouveau niveau on se demande comment on va s’y prendre face aux contraintes qu’il nous impose.


Il faudra parfois revêtir la tenue d'apparat du camp adverse pour mieux les dûper... Gare à votre accent.

Nous serons ainsi amenés à fuir d’un château fort, à devoir retrouver un avion écrasé en pleine campagne, traverser un train en faisant profil bas, parcourir une gare très surveillée ou parfois simplement fuir à toutes jambes lors de niveaux entiers. Pour ce faire nous disposons d’un panel d’action plutôt bien vu qui iront de courir à ramper au sol en passant par la vue subjective pour bien observer les alentours. Du classique pour le genre avec une petite particularité qui m’a bien amusé qu’est la capacité à pouvoir « zieuter » au travers des trous de serrure pour constater ou non si la voie est libre par-delà la porte. Rigolo.


On espionne  au travers des serrures pour assurer son chemin

Pour parvenir à vos différents objectifs, vous aurez besoin de matériel, qu’il faudra dénicher par soi-même. Et c’est là qu’entre en jeu l’exploration des niveaux. Cela reste assez balisé tout de même car un ‘carnet de mission’ vous indique grosso modo par un gros cercle rouge où se trouvent vos objets de convoitise, qu’une boussole se terminera d’affiner. Sachez toutefois que certains objectifs se doivent d’être remplis dans un temps imparti, et là faut savoir gérer son personnage et les imprévus de la meilleure manière qui soit.


Le gros du jeu se déroulera dans différents camp de prisonniers... d'où vous vous évaderez à chaque fois...

On en arrive aux phases d’action, loin d’être le gros du jeu mais bien présente. Et malheureusement ce ne sera pas un des points forts du titre. Déjà indiquons qu’il est possible d’étouffer chaque ennemi en le surprenant par l’arrière (il faut tapoter la touche d’action, ce que j’ai mis un moment à comprendre et de toute façon parvenir jusqu’à un soldat sans le surprendre n’est pas aisé…). Une fois occis vous pouvez déposer le corps du défunt où bon vous semble (en restant discret bien entendu !) et le corps finira par se dissiper une ou deux minutes plus tard. Gare tout de même car avant sa disparition le corps peut être découvert et l’alerte lancée.
D’ailleurs parlons des niveaux d’alerte tant que j’y suis et ce ne sera pas bien long car le système est classique : jaune quand l’alerte est active mais que vous n’êtes pas repéré et rouge quand vous êtes clairement dans la ligne de mire des « Schleus » comme ils disent. Possibilité que la situation se tasse si vous parvenez à calmer le jeu en fuyant ou en trouvant une bonne planque… mais c’est à vos risques et périls. Personnellement je trouvais plus simple de recharger la partie pour tenter une nouvelle approche (je reparle du système de sauvegarde plus bas, assez unique).


Il vous arrivera de remplir des missions en extérieur

Mais quand est-il quand nous devons riposter par les armes ? C’est justement sur ce point que le bat blesse. Le système de visée n’est clairement pas au point. Semi-automatique et à moitié défaillant, il nous arrive plus qu’à notre tour d’user nos munitions dans le vent plutôt que sur nos assaillants. On préférera usiter de la vue interne pour une meilleure visée mais alors on perd grandement en ergonomie et agilité. Par conséquent les séquences de fusillades sont clairement les phases les plus tendues de « La Grande Évasion » de par leur lourdeur et leur imprécision. On finit par devoir apprendre la position de chaque adversaire par cœur et juger de la meilleure option pour l’abattre avec le moins de perte de vie possible (bon c’est bateau comme réflexion car en fait c’est pour chaque jeu pareil juste là c’est vraiment pesant et surtout cela casse le rythme du joueur). Le niveau du train est un bel exemple de cela quand il faut remonter wagon par wagon sous le feu ennemi, une vraie tannée.


Hou que ce niveau fut frustrant, non pas tant qu'il est difficile mais  que notre personnage n'est pas programmé pour des affrontements par armes à feu...

En dehors de cela le jeu est très plaisant à parcourir et j’irai même jusqu’à dire plutôt cool tout du long. Seules deux sections m’ont tenu tête, et même pas en vérité, juste deux gardes très spécifiques !
Ils m’ont tellement pris le chou que je ne peux m’empêcher de vous les faire connaitre :


Gunther Meyer est un jeune soldat plein d'enthousisame qui est entré dans l'armée de son pays pour faire honneur à son père lui même engagé lors de la Grande Guerre. Après plusieurs affectations où son zèle l'aura mené à quelques remontrances de ses pairs le voilà à la surveillance de la gare de marchandise de Bautzon où sa détermination ne faiblira pas. Un véritable aigle qui sera bien compliqué à berner... Je le hais.


Klaus Hofman est un sous-officier de l'armée allemande qui rêve d'entrer à la Gestapo pour servir au mieux son Fürher. C'est pour cela qu'il est d'une rigueur extrême quand aux protocoles et ne tolère aucun passe-droit. Aigri d'avoir été mis en poste dans le minable petit aérodrôme d'Esslingen il redouble d'autorité et dirige les lieux d'une main de fer. Parvenir à subtiliser la carte d'identification qui se situe au fond de son bureau est une épreuve de force et de patience. Une belle enflure !

J’aimerais revenir à présent sur un système de sauvegarde que je n’avais jamais croisé auparavant et qui mérite d’être mis en avant. Trois choix de difficulté sont proposés, du standard : facile, moyen difficile. Comme de bien entendu cela va influencer sur la pertinence des gardes, votre barre de vie, les packs de soins disponibles etc… Mais également sur votre nombre de sauvegarde disponible par niveau ! En effet vous pourrez sauvegarder où bon vous semble mais de manière limité : 4 fois par niveau en Facile, 3 fois en Moyen et 2 fois en Difficile, plus une ‘obligatoire’ en fin de mission (qui n’a rien d’obligatoire mais que tout le monde fait). Alors pour certains chapitres clairement deux sauvegardes sont suffisantes mais pour d’autres c’est assez tendu au vu du nombre de bonnes  actions réussies qu’il faut enchaîner sans se planter. En clair faut être sûr de son coup et bien connaître le niveau pour tenter le mode difficile. Sachant qu’un mode ‘Suprême’ se débloque quand on parvient au générique de fin qui lui ajoute un chronomètre permanent pour chaque objectif (mon cauchemar suprême, justement…).


Hey Steve ! Comment ça va ? T'as pris un coup de vieux toi en quatre décennies...

Pour terminer ce tour d’horizon un mot sur les fins qui sont bien plus engageantes dans le portage vidéoludique que sur grand écran (ou la réalité). Car oui nos différents personnages se sortiront tous de leur épopée furtive là ou peu parviendront à s’en sortir dans les autres médias (ou la réalité. Bref vous avez compris…). Y compris donc notre super Steve McQueen qui parviendra en version de pixel à franchir avec sa moto cette fichue barrière qui le sépare de la Suisse là ou dans le métrage de 1963 il échouera lamentablement (je suis sévère, moi qui ne suis même pas capable de faire de la corde à sauter). La cinématique finale du jeu est donc plus optimiste que la conclusion du film, bien plus amère…