Hello tous,

 

Chose promise, chose due. Voici quelques jours, je vous avais annoncé que j'aborderais un peu plus en détails le sujet de cet Aliens Colonial Marines (ACM) sitôt l'embargo imposé par l'éditeur, SEGA, levé. Nous y sommes. Aussi puis-je d'ores et déjà vous annoncer la bonne nouvelle: ACM, qui correspond aussi à la première véritable adaptation de la saga cinématographique assurée par Gearbox Software, est une réussite, sur bien des points. N'allez surtout pas croire les mauvais augures qui vous parlent de graphismes un peu datés et de jouabilité ratée pour jeter d'emblée aux orties ce blu-ray: si techniquement l'affaire est effectivement loin d'être parfaite, nous sommes ici face à un pur bonheur pour les fans des films, tant l'univers de ceux-ci a été respecté.

 

Avant tout, une histoire

Aliens Colonial Marines  est une production à part dans la galaxie des xénomorphes. La principale raison tient à son pitch. Pour la première fois, un jeu vidéo tente en effet de dresser une passerelle scénaristique directe avec les oeuvres de Ridley Scott, James Cameron et David Fincher - l'Alien de Jeunet est ici passé sous silence. Pour être précis, l'histoire prend place dans le prolongement immédiat d'Alien 3. Alertée par le message transmis par le caporal Hicks à la fin de l'Aliens de Cameron, une unité de marines se place en orbite autour de la planète LV 4-26, dans le système de Zeta  Reticuli. Ceci pour découvrir une bien étonnante surprise : l'USS Sulaco, censé naviguer selon les derniers relevés radar du côté de la planète Fiorina 161 - celle où Ripley trouvera finalement la mort -, est à nouveau en orbite autour de ce gigantesque caillou sur lequel l'héroïne de la saga a affronté une reine xénomorphe pour sauver une enfant de ses griffes. Bien évidemment, les xénomorphes n'ont pas été éradiqués par l'explosion nucléaire qui a conclu le film de Cameron. Non seulement certains d'entre eux ont investi l'USS Sulaco, mais on découvrira bientôt que la planète LV 4-26 est plus que jamais hantée par ces créatures redoutables. Il faudra se battre pour survivre, et ce ne sont pas juste des mots. C'est à ce prix que les marines comprendront ce qu'il s'est passé depuis la fin de la trilogie originale qui a fait le bonheur de toute une génération dans les salles obscures.

Je n'irai pas plus loin pour éviter de vous gâcher l'effet de surprise. Sachez néanmoins que ce qui saute immédiatement aux yeux, c'est le respect infini avec lequel les développeurs de Gearbox ont reconstitué les environnements du film de Cameron. Les intérieurs de l'USS Sulaco renvoient directement aux scènes présentes dans le film - jusqu'au hangar abritant le combat final de Ripley contre la reine - tandis que la planète LV 4-26 est un véritable monument référentiel et cinéphilique. Les extérieurs balayés par le vent sont un hommage à l'ouverture de la version longue du métrage de Cameron. Quant aux intérieurs, ils renvoient à la base de la colonie décimée : si l'explosion nucléaire a bien provoqué de considérables dégâts, toute une aile de la base a en effet survécu à la déflagration. Et il y va d'un régal de fan, ici encore, puisque les principaux environnements évoqués renvoient à des scènes cultes : les galeries d'accès où se cache Newt, l'infirmerie dans laquelle Ripley et Newt sont attaquées par un Facehugger, les tunnels redécorés par les xénomorphes dans lesquels évoluent les marines qui ignorent encore à quoi ils sont confrontés...

Gearbox pousse également le vice jusqu'à multiplier les références indirectes aux personnages du long métrage, à l'image de cet enregistrement dans lequel on pourra entendre les parents de la petite Newt évoquer leur expédition vers le mystérieux vaisseau du Space Jockey, dont on reverra une copie conforme dans Prometheus. Si vous tendez bien l'oreille, vous aurez même le plaisir de découvrir que le doublage d'un des personnages du jeu a été confié à la comédienne qui interprétait Ripley en français. Un coup malin de ceux qui se sont chargés de la localisation du titre : l'omniprésence de cette voix, de ces intonations parfois si spécifiques, donne l'illusion de combattre aux côtés de Sigourney Weaver elle-même. Il y a quelque chose d'assez ahurissant dans le plaisir procuré par cette petite attention.

Vous l'aurez compris, il y a dans Aliens Colonial Marines un respect du matériau originel qui confine à l'obsession. Tout a été conçu pour que le joueur se croie en plein milieu d'un véritable film de la saga Alien, jusqu'aux bruitages (le fusil à impulsion bénéficie des véritables bruitages du film, tout comme le radar des marines servant à détecter les xénomorphes) et à la bande originale du jeu qui reprend le thème des films pour en livrer une adaptation habilement et discrètement remaniée. Le côté poisseux des décors, les filets de bave et d'acide, les corps collés aux murs, les thorax qui explosent... En fait, rien n'est oublié dans cet inventaire à la Prévert, jusqu'à la présence d'un énième clône du fameux Bishop pour accompagner les marines. Lance Henriksen a accepté de prêter ses traits et sa voix au robot, une fois encore, pour le bénéfice du jeu. Et c'est un élément d'immersion supplémentaire qui se révèle précieux.

 

Et pour jouer, ma bonne dame ?

Vous me demanderez, partant, ce qu'il en est du jeu lui-même. Soyons clairs, il ne s'agit aucunement d'un FPS révolutionnaire. Plutôt dirigiste, invitant la plupart du temps à traverser des couloirs oppressants sans réelle sensation de liberté de mouvement, Aliens Colonial Marines n'innove à aucun moment, se contentant d'enchaîner séquences d'action et montées en pression. Mais ceci avec un savoir-faire indéniable : les accalmies, ces moments où l'on scrute son radar en redoutant d'y voir apparaître une trace lumineuse, le jeu du chat et de la souris avec un xénomorphe qui précède un piège ou une attaque massive d'Aliens... Le frisson est bel et bien présent. Quant à la patte graphique de l'ensemble, elle peut certes sembler un peu datée, souffrant de textures un peu simples comparé à ce que l'on sait proposer désormais. Mais que l'on ne s'y trompe pas : si le jeu se fait sobre sur le plan technique, il est aussi d'une exceptionnelle cohérence au niveau esthétique, abandonnant délibérément la richesse des couleurs pour coller aux films et permettre aux créatures de se fondre aisément dans le décor. J'adhère à ce choix, totalement.

Quelques mots sur le gameplay : nous sommes, comme dit plus haut, sur la structure d'un FPS classique. Ce qui revient à dire qu'outre le fusil à impulsion vous aurez accès à divers pistolets, fusils, mitrailleuses disposant en général d'une attaque secondaire, mais aussi à des grenades et quelques autres surprises à débloquer au fil de votre avancée en XP. Au corps-à-corps, vous disposerez d'une attaque pour repousser une attaque xénomorphe en appuyant sur la touche R3 (sur PS3). Il y a également moyen de sauter et de s'accroupir, mais autant dire que ces deux capacités seront assez peu utilisées, à part peut-être lorsque des ennemis humains se joindront à la mêlée. Oui, la Weyland Yutani a des petits secrets à cacher....

 

A deux, c'est mieux. Alors à quatre...

Une spécificité importante de cet Alien Colonial Marines tient à sa forte dimension coopérative. Pour être franc, je n'ai jusqu'ici pu jouer qu'à deux simultanément, mais sachez qu'il est possible à tout moment d'inviter du monde pour progresser jusqu'à quatre dans un même niveau du mode histoire. Les sensations sont réellement excellentes, en tout cas, et je vous conseille fortement de vous y adonner avec des amis, en usant d'un micro pour avancer en véritable escouade. Il y aura de quoi se croire en plein film.

Le multijoueur compétitif, auquel je me suis adonné une petite durant, est également taillé pour tenir sur la durée. Fluide, rapide, il restitue assez habilement la sensation de lenteur des marines face aux xénomorphes, qui se contrôlent très aisément grâce au choix judicieux de les rendre jouables en vue à la troisième personne. Les Aliens peuvent donc réussir à l'approcher des humains en évitant les impacts de balle, tandis que la clé du succès pour les joueurs installés dans le camp des militaires résidera avant tout dans une bonne organisation et une couverture mutuelle sans faille. Une petite dimension stratégique loin d'être déplaisante. Vous noterez que quatre modes différents sont proposés. Extermination impose aux marines d'aller poser une bombe au coeur de la ruche des xénomorphes, sachant que chaque soldat mort vient renforcer le camp des aliens. Evasion, de son côté, porte bien son nom, invitant les humains à échapper aux attaques xénomorphes et accomplir leur mission. Survivant, pour sa part, ressemble fort à un mode horde dans lequel des joueurs peuvent prendre le contrôle de certains aliens. Enfin, Bataille oppose frontalement marines et xénomorphes, jusqu'à 6 contre 6. Classique, et efficace.

 

Verdict : enthousiaste !

Je pourrais sans doute écrire encore une dizaine de pages sur le sujet, tant le souci du détail et l'envie de contenter les cinéphiles m'a enchanté tout au long des quelques heures que j'ai déjà consacrées à cet Aliens Colonial Marines. Mais ce serait sans doute vous gâcher une partie du plaisir qu'inévitablement, si vous êtes un amateur des longs métrages, vous ne manquerez pas de ressentir. Pour la première fois, Gearbox parvient à rendre hommage au mythe sans en dénaturer la véritable nature, sans oublier que c'est dans l'obscurité et la solitude que se cachent nos peur les plus profondes. Bien sûr, on aurait pu chipoter, souhaiter des environnements ouverts, la possibilité d'arpenter librement LV4-26 ou l'USS Sulaco. On aurait sans doute aimé que le développement parvienne à résorber ces quelques bugs un peu gênants, de petits problèmes de collisions mal gérées ici et là venant rappeler que tout n'est pas impeccablement maîtrisé ou les errances récurrentes d'une IA des xénomorphes aisément prise à défaut. Mais franchement, ce serait manquer de respect à un travail par ailleurs remarquable sur bien des aspects. Et oublier ce qui s'impose, insidieusement, dans nos esprits au fil des parties : l'ADN de la saga Alien est ici infiniment plus respecté que dans ce Prometheus qu'on aimerait pouvoir oublier...

 

A mesure que les heures passent et que les tests commencent à fleurir sur la toile, il semble que nombre de sites spécialisés soient décidés à descendre en flammes le travail réalisé dans Aliens Colonial Marines. J'ai pu lire beaucoup de ces chroniques, y reconnaître des griefs que j'avais moi-même identifiés - la jouabilité et la réalisation datées, une IA limitée supposant de ne pas pousser la bête dans ses retranchements... - mais je ressens malgré tout la chose comme une véritable injustice pour cette production bien plus recommandable que ce que l'on peut lire ici et là, en particulier une fois sur la planète LV4-26. Aussi ne puis-je que vous encourager à tester le titre par vous-mêmes, pour vous faire une idée. Quelques minutes pad en main devraient suffire pour déterminer si ce jeu est fait pour vous. Mais, surtout, ne l'écartez pas d'emblée...