Hello tous,

Aujourd'hui, petit coup de gueule au programme concernant cette information qui fait le buzz de manière assez hallucinante, depuis quelques jours, sur le web et dans certains médias: l'affaire de l'application iphone "Juif ou pas juif".

Cette application, jusqu'ici très anonyme, a été imaginée par un certain Johann Levy, qui explique dans un papier du Nouvel Observateur (http://hightech.nouvelobs.com/actualites/depeche/20110913.OBS0282/juif-ou-pas-juif-l-application-iphone-qui-fait-debat.html) avoir voulu "proposer à sa communauté une liste des personnalités juives qui ont réussi". Ce qui m'étonne, tout de même, c'est que la confession religieuse d'une personne appartient strictement au domaine privé, et l'application, à ce titre, peut légitimement être contestée. J'imagine de surcroît que les personnes listées dans ce fichier n'ont pas dû donner leur accord, ce rend qui l'affaire encore plus hasardeuse pour le créateur du logiciel. Maître Eolas, sur twitter, rappelle d'ailleurs que sont interdites en France les bases de données personnelles recensant notamment la religion, les préférences sexuelles ou les origines ethniques, ceci sans le consentement de l'intéressé. Ne pas respecter cette loi  peut être puni de 5 ans de prison et de 300 000 euros d'amende.

Mais mon interrogation va au-delà de ces éléments. Ce qui m'intrigue, d'abord, c'est qu'Apple, pourtant frileux dans sa politique de contrôle des applications mises en vente sur son réseau, ait laissé passer une telle chose sans même se poser de question, ceci d'autant plus que la législation française est très claire sur ce type d'informations. Ensuite, surtout, je reste perplexe devant le traitement médiatique accordé à ce qui, selon moi, s'apparente à une c...rie sans nom. Accorder une telle place, sur le web et dans les médias traditionnels, à une affaire qui objectivement n'aurait jamais dû prendre une quelconque ampleur m'amène à m'inquiéter de la capacité du web à réfléchir ne serait-ce que quelques instants à son fol emballement. Ceci d'autant plus que cette évidente absence de réflexion a ici un effet pervers: elle aura contribué à donner une visibilité inespérée à l'application. Certes, celle-ci, disponible depuis le 9 août, a été retirée dès le 15 septembre de l'App Store suite à la vague de protestations. Soit deux jours après le début du battage médiatique qui l'entourait. Mais je n'ose imaginer combien d'utilisateurs, mûs par une curiosité malsaine, se sont pressés de la télécharger entre-temps.

Parfois, c'est la discrétion qui permet au mieux de régler de telles affaires. C'est, à mon avis, la conduite qui aurait dû prévaloir ici. Le créateur du logiciel, d'après ce que j'ai pu lire, ne pensait pas à mal. Il aurait donc été facile de retirer cette application en contactant l'auteur, ou si nécessaire sur une simple injonction d'un tribunal. Et les choses se seraient tassées d'elles-mêmes. Pas de chance: c'est l'option grosse cavalerie que le web et les médias ont choisie.

J'avais d'abord pris la décision de ne pas évoquer le dossier sur ce blog. Aujourd'hui, alors que l'affaire est sur la place publique, je me permets très modestement d'interroger tous ceux qui ont cédé aux sirènes du buzz facile sur la toile: quelques clics valent-ils réellement que l'on contribue à attiser le communautarisme et les incompréhensions culturelles, cultuelles, qui font de plus en plus de mal dans ce pays? Je n'en suis pas sûr. En fait, je suis même certain du contraire. A bon entendeur...