C'est en mode coopération que Bokurano de SocioPads et Numerimaniac de Numericity traitent du multijoueur à travers deux jeux d'une même grande série réalisée par l'éditeur suédois DICE. Bokurano s'est adonné à Battlefield Bad Company et à la guerre contemporaine tandis que Numerimaniac a fait un petit bond dans le temps pour atterrir avec Battlefield 1943 à l'époque préférée des FPS, la Seconde Guerre Mondiale. Tous les deux vont essayer de mettre en valeur les caractéristiques du multijoueur de ces deux jeux pour essayer de déterminer les grandes lignes qui régissent le multijoueur selon DICE.

Bokurano : Pour être franc, je suis en général dégouté du
multijoueur ! Counter Strike fût mon traumatisme de jeunesse,
j'attendais une ambiance conviviale et je me suis retrouvé avec des
amoureux des stats, d'un mot qu'on épelle "W I N". J'étais ce qu'on
appelle un noob et forcement, mes premières actions étaient maladroites
et peu glorieuses. Une grenade innocemment jetée vers l'ennemi, il meurt mais un de mes camarades que je n'avais pas remarqué rend aussi l'âme.
Un petit fait divers dans l'absolu, un dommage collatéral dont on aurait pu rire surtout que l'on répète incessamment les même parties... mais je sentais déjà le mépris qui allait s'ensuivre.
D'abord le silence, puis la colère dans les yeux de mes compagnons de
fortune qui suivaient mes mouvements lorsque j'étais par miracle le
dernier survivant... sur qui reposait la victoire. En bref, j'ai souvent eu l'impression d'être seul face à d'autres joueurs aussi nombrilistes
que sympathiques. Même quand je faisais équipe, la partie à laquelle je
voulais apporter ma maigre contribution devenait un examen d'aptitude
pour juger mes compétences. Quand j'ai tenu le Battlefield Bad
Company
(BBC) entre les mains, ce qui m'a tout de suite
attiré c'est le smiley accroché à la grenade... il ne m'en fallait pas
plus et le mode multijoueur me semblait secondaire. Quand je l'ai
essayé, on va dire que je n'en attendrais rien et pourtant, une belle
surprise m'explosa à la figure !

 

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Numerimaniac : C'est
amusant que tu parles de Counter Strike, puisqu'il est aussi à
classer dans mes traumatismes de jeunesse. Plus récemment, en jouant à
certains modes de Gears of War 2, j'ai clairement ressenti que
des joueurs ne vivaient pas dans le même monde que le mien et que le
scoring - ou quête au score - n'était pas un sport (car il s'agit bien
d'un sport!) auquel je souhaitais m'adonner, même si j'étais devenu un
spécialiste de certaines disciplines!
En ce qui me concerne, je n'ai
pas plongé dans le monde de la guerre contemporaine mais dans Battlefield 1943 (BF1943) qui se déroule, tu l'auras compris, pendant la Seconde Guerre Mondiale, disponible sur le Xbox Live ou le PlayStation
Network. Première belle surprise pour un néophyte comme moi dans un monde console, le jeu est calibré pour fonctionner sur console.
Alors évidemment, BF1943 semble être par certains aspects une
régression par rapport à ses prédécesseurs mais en revanche, les temps
de chargements sont courts et les parties s'enchaînent aléatoirement les unes aux autres sans discontinuer. Une hérésie pour un joueur PC
habitué au monde en ligne et aux réglages dans la salle d'avant match.
Je ne pense pas que ces simplifications aient été réalisées parce qu'un
joueur console serait plus idiot qu'un joueur PC, mais les attentes ne
sont traditionnellement pas les mêmes serais-je tenté de dire... le
plaisir immédiat et la fiabilité (enfin presque!) furent mes premières
excellentes surprises qui collent parfaitement à mes attentes de joueur
console...
En parlant de différences avec le monde PC... je présume
que la belle surprise qui t'attendait fut, pour une fois, de ne pas
mourir immédiatement sur le champ de bataille, non?

 

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Bokurano : Tu as mis dans le mille, Headshot ! Il est vrai que la mort est moins récurrente dans BBC. Et il y a trois raisons à cela ! La
première qui m'a marqué dès le début : la diversité et la grandeur des
lieux où l'on s'affronte. Ils sont immenses et destructibles.
Dans de nombreux FPS, pour être au top du top, il faut connaître les niveaux
par cœur, les petits coins pour se planquer ainsi que ceux où les
joueurs ont l'habitude de flâner. Or dans le multijoueur de BBC,
même si j'ai aussi fini par connaître la map dans ses moindres recoins,
j'étais toujours méfiant et attentif. Par où l'adversaire allait-il
attaquer ? Quel endroit allait-il décider de défendre ? Et surtout, de
quelle manière allait-il s'y prendre ? Autant de questionnements qui
m'obligeaient à être prudent plus qu'à chercher le frag en courant dans
tous les sens. La possibilité de détruire et de défigurer
les bâtiments m'obligeait aussi à relativiser mes connaissances du
terrain. Petite précision, un bâtiment ne peut s'écrouler sous l'effet
d'un C4 où d'un obus, la destruction est limitée et heureusement sinon
on terminerait nos combats dans une plaine. Et puis, rien que le fait de pouvoir exploser un mur est déjà un moyen de se frayer un chemin de
fortune, de surprendre l'adversaire ou encore de lui retirer un abri.
Seul bémol, s'il en est un, la grandeur est synonyme de distance. Parfois,
c'est ennuyeux lorsqu'on meurt en solitaire et que tous les véhicules
sont indisponibles, on est bon pour un joli marathon. La grandeur
favorise la diversité des approches et même si parfois, on a
l'impression de rater la guerre, je préfère la distance au fait de
combattre dans des maps étriquées où l'on peut mourir alors que l'on
vient juste de ressusciter !
Je n'ai pas eu le plaisir de m'essayer à BF1943, mais je pense que la deuxième raison que j'allais
évoquer ne te sera pas indifférente. En effet, la mort est moins
dominante dans le multijoueur car la réussite du bataillon ne dépend pas du nombre d'adversaires liquidés ! Je ne sais pas si les systèmes sont
identiques entre les deux jeux, mais j'imagine qu'ils sont dans ce même
esprit, y a t-il une sorte de décalage entre notre performance et celle
de l'équipe ?

 

Le multijoueur selon DICE

 

Numerimaniac : En effet! On devine qu'avec
les décors ouverts et en plein air (le style est paradisiaque pour BF1943, ce sont des reprises d'îles célèbres de la Guerre du Pacifique), les
combats sont également beaucoup plus ouverts et les objectifs plus
variés (sans doute possible parce qu'on ne meurt pas tout de suite, ce
qui laisse un champ libre). Si pour ma part, marcher puis s'accroupir
dans les herbes luxuriantes, attendre quelques instants, repérer et
compter mes ennemis avant de lancer un assaut le plus rapide et
silencieux sont mes petits plaisirs, l'autre plaisir est celui de se
laisser croire appartenir à une escouade comme tu le supposes (on peut
d'ailleurs en créer dans BF1943 ce qui confère des avantages
comme le respawn à côté de ses camarades).
Le jeu est vraiment un jeu multijoueur en ce sens. Des points ne sont plus attribués à la seule
mort de l'ennemi, mais à différentes actions capitales, comme la prise
de drapeau ennemi ou des actions héroïques comme abattre un avion ou un char d'assaut.
Et parce que Battlefield cultive ce sens du multijoueur, le jeu n'hésite pas à attribuer des points à quiconque aide son escouade à la réussite. Ainsi, si j'aide un allié à prendre un drapeau, je reçois des points
comme allié, en bon complice. Si je venge la mort d'un ami ou si je le
sauve d'un assaut, j'en reçois également pour avoir risqué ma peau pour
lui. Il ne manque plus que des capacités à l'une des classes disponibles (fantassin, fusilier, sniper) pour en faire un jeu d'altruiste! Cela
étant dit, le fantassin a la capacité de réparer un tank. Je dois avouer que réparer les machines de mon camp est mon petit dada, même en pleine action.
Malgré ces efforts, il faut avouer qu'un comportement
généralement assez égoïste habite les joueurs, qui vont et viennent lors des parties sans être habités par un esprit d'équipe, même éphémère.
Généralement, le coéquipier est un ami de circonstance. C'est d'ailleurs toute la différence quand je jouais contre des équipes organisées de
personnes qui se connaissaient. Ils étaient tout simplement imbattables
même s'ils étaient moyens individuellement. Le travail de groupe est
vraiment supérieur à l'individu dans Battlefield.
Tu dis avoir trois raisons qui t'ont marqué... je sèche, serait-ce la possibilité de conduire différents véhicules ou le parfait équilibrage des classes et
des machines les unes par rapport aux autres?

 

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Bokurano : De nouveau Headshot, ou plutôt devrais-je dire, grenaaade ! Les véhicules
et les classes ont la part belle, elles rendent les batailles diablement plus jouissives sans pour autant qu'un tank ennemi devienne synonyme de cuisante défaite. Souvent, lorsqu'un tank adverse apparaissait, je
m'attendais à voir un tank allié venir l'affronter dans les minutes
suivantes, et si celui-ci échouait, j'appréhendais un soldat suicidaire
qui viendrait se coller au monstre d'acier. Il appuierait alors sur le
détonateur et le ferait disparaître dans une explosion. Malgré les
hélicoptères -que je n'ai jamais réussi à utiliser convenablement- et
autres véhicules, il y a toujours une classe de soldat pour équilibrer
les batailles. D'ailleurs, BBC regroupe cinq spécialités :
Assaut, Démolition, Recon, Specialist et Support. J'affectionnais
particulièrement cette dernière qui me permet de faire appel à une
frappe aérienne. Au début, je trouvais cette puissance de feu, un peu
trop démesurée. Mais j'ai vite compris que l'ennemi savait lorsqu'une
frappe s'annonçait et qu'il fallait tout de même un certains temps pour
que celle-ci touche la cible. Je l'utilisais surtout comme un moyen
tactique afin d'obliger une escouade à fuir une maison. De même, je
pouvais soigner mes alliés et même si comme toi, la plupart des joueurs
étaient finalement individualistes, je m'amusais à suivre un troufion au hasard pour le protéger tout au long de la partie. Ainsi, tout le monde joue à sa manière, et on reste forcement prudent lorsqu'on sait que
l'ennemi peut avoir un véhicule, un sniper qui le supporte ou peut
planquer une mine sur la route. Finalement, ce qui me séduit le plus,
c'est vraiment ce que tu décris : oublier, même sous le feu ennemi, la
tuerie ambiante pour venir supporter un petit gars, réparer un tank mais aussi à tout moment, changer ma classe et ma façon de jouer. Devenir un sniper solitaire, un paria qui avance seul dans les tranchées adverses
pour accomplir l'objectif.
Il m'étonne que tu n'aies que trois
classes différentes dans BF1943, cependant cela ne semble pas
être handicapant dans l'équilibrage générale du jeu, puisque tu le
trouves parfait ;). Je serais curieux de savoir si elle permet autant
que BBC de guerroyer de mille façons ?

 

 

Numerimaniac : Disons que dans BF1943, tout marche par trois, comme dans le jeu pierre-feuille-ciseaux. L'avantage de ce genre d'organisation « en
triangle », c'est que le jeu est parfaitement équilibré à défaut d'être
particulièrement complexe. Le sniper a le choix entre tirer à longue
distance ou miner les routes. Le fantassin, en revanche, a une
mitraillette puissante mais imprécise ainsi qu'un lance-roquette qui
peut faire mouche contre des véhicules. Le fusilier est plus la classe
moyenne, un peu polyvalente, avec un fusil qui peut tirer loin et causer des dommages importants et un lance-grenade. Elle a généralement ma
préférence. Pour les véhicules, c'est précisément la même chose. BF1943 en compte trois et respecte la règle « en triangle ». Ainsi, le tank
est puissant mais lent, la jeep rapide, peut transporter du monde et
dispose d'une mitrailleuse tandis que l'avion a une maniabilité, une
rapidité formidable ainsi qu'une grande puissance de feu, malgré une
très grande fragilité (je suis un spécialiste des tourelles pour les
descendre) qui le rend bien souvent éphémère sur le champ de
bataille (tant mieux!). Bien entendu, comme dans BBC, il est
possible de demander un soutien aérien en se glissant dans un poste
radio (le joueur dirige alors trois bombardiers).
C'est sans doute
dans cet équilibrage de trois classes, lié à l'idée que l'on peut
survivre même en se faisant toucher (il suffit de se reposer pour
récupérer) ainsi qu'à celle que mourir n'est pas si grave que Battlefield parvient atténuer la nature élitiste du jeu. Battlefield en
donne ainsi pour tout le monde et s'aborde de façon différente à chaque
partie grâce à sa vaste géographie et les différents moyens de s'y
mouvoir. Le jeu est beaucoup plus basé sur l'improvisation et
l'inattendu en ouvrant ses possibilités. Il permet aussi à tout un
chacun de développer son talent de soldat et d'être récompensé à peu
près à sa juste valeur selon les actions effectuées. En ce sens,
l'exploit est double : être accessible au plus grand nombre mais aussi
laisser une marge de manœuvre suffisante pour s'améliorer et s'épanouir.

 

 

Bokurano : En clair, je pense qu'on tombe d'accord. Battlefield donne vie à un multijoueur accessible, remplis de subtilités sans pour autant
être déroutant pour les petits nouveaux. Ils peuvent dès le départ se
faire chouchouter par leurs équipe, implicitement ou pas, car le nombre
pardonne l'erreur, et permet de persévérer. Je crois que notre
traumatisme a trouvé son pansement ;)

 

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