Quand le jeu devient dangereux



CHRISTIAN DU BRULLE

mardi 26 juillet 2011, 13:15

Paru dans LeSoir.be

http://www.lesoir.be/lifestyle/sante/2011-07-26/quand-le-jeu-devient-dangereux-853140.php


Pouces écrasés, épaules luxées, syndrome du canal carpien, tendinites, lésion du ménisque... Les bobos induits par l'utilisation des jeux vidéo ne sont pas un mythe. Mais tout n'est pas noir, loin de là !

Quand le jeu devient dangereux

L'équipe de Gamearthritisorg voulait livrer une série d'images autant esthétiques qu'interpellantes sur les risques que courent les accros aux jeux électroniques S'il s'agit ici d'acteurs et de maquillag

Votre enfant est-il accro à la console de jeu ? Passe-t-il le plus clair de son temps devant un écran ? Pour nombre de parents, les heures passées par leur progéniture devant des jeux vidéo peuvent être source d'inquiétudes. À raison ?

Lorsqu'on regarde les photos du collectif « Game Arthritis », il y a de quoi être surpris. Les clichés sont sobres mais ils frappent. Les patients sont en blouse blanche. Leurs pathologies induites par un usage immodéré de consoles de jeux, de claviers ou de souris d'ordinateurs sont bien visibles : doigts gonflés, articulations déformées, irritations cutanées. Les artistes qui sont à l'origine de ce site voulaient avant tout interpeller. C'est assez réussi même si les pathologies présentées sont des mises en scène. Elles veulent nous faire réfléchir sur l'usage intensif des jeux électroniques et leurs conséquences potentielles. Pour chaque cliché, des liens vers des études de cas ou des articles médicaux sont proposés. Edifiant.

C'est que le risque existe. « Entre 2004 et 2009, 696 cas de traumatisme induits par l'usage de jeux vidéo ont été recensés aux Etats-Unis », indiquait en substance le Dr Patrick O'Toole, lors du dernier congrès des pédiatres américains. Fort des données du système de recensement des blessures électroniques (NEISS ou National electronic injury surveillance system), le médecin du service d'orthopédie de l'hôpital des enfants de Philadephie détaillait : « la plupart des blessures sont le fait de jeux vidéo traditionnels (604 cas). Les autres résultent de l'usage de consoles qui nécessitent une certaine interactivité physique de la part du joueur (Nintendo Wii) ».

Tendinites et canal carpien


Pour les joueurs interactifs, les blessures les plus fréquentes concernaient les chevilles, les pieds et les épaules. Les autres souffrent davantage de problèmes de nuque ou de poignet. Si l'âge moyen des patients était de 16 ans et demi, il concernait non seulement les joueurs mais aussi... ceux qui les regardaient jouer. Dans ce type de situation, on n'est jamais à l'abri d'un coup !

Il reste que 696 cas de blessures induits par les jeux vidéo en cinq ans dans un pays ultra-branché de 310 millions d'habitants c'est finalement... assez peu significatif.

« Dans notre pratique quotidienne, nous sommes loin de rencontrer de multiples cas de traumatisme de ce genre, indique le Pr Frédéric Schuind, chef du service d'orthopédie-traumatologie de l'hôpital Erasme (ULB). Il y a une dizaine d'années, la thématique des pathologies liées aux jeux vidéo ou à l'utilisation intensive d'ordinateurs était très à la mode. Aujourd'hui, on en parle moins. A la consultation, ce genre de cas est plutôt rare ».

Au service d'orthopédie traumatologie, ce sont plutôt des cas de surcharge tendineuse qui sont soumis à l'appréciation des médecins. Il peut s'agir de tendinites ou de tendinopathie de Quervain, une tendinite du poignet qui résulte d'une inflammation de la gaine entourant les tendons du pouce. Les problèmes de canal carpien sont également habituels. Dans ce cas, il s'agit du gonflement des tendons qui compriment le nerf médian dans le poignet. Il s'ensuit des picotements au bout des doigts. Une douleur qui peut devenir insupportable la nuit. « Bref, des pathologies plutôt liées à certaines activités professionnelles qu'à l'utilisation de manettes de jeu », conclut le médecin.

Un outil qui peut aussi être formidable


Tout n'est cependant pas noir au pays des jeux vidéo. Y compris en ce qui concerne le développement des plus jeunes. « Les jeux vidéo ne peuvent pas être juste bons ou mauvais, indique Douglas Gentile, professeur de psychologie de l'université d'Etat de l'Iowa. Cette dichotomie est trop simpliste. L'attrait ou non de ces jeux dépend des jeux eux-mêmes, de leur structure, de leur mécanique et du temps qu'on y passe.

Un enfant n'a pas nécessairement de mauvaises notes à l'école parce qu'il passe beaucoup de temps sur sa console. Au contraire, c'est peut-être parce qu'il a de mauvaises notes à l'école qu'il préfère exprimer ses capacités sur un écran. De même, il ne sera pas plus ou moins asocial parce qu'il joue sur ordinateur. Les jeux en réseau nécessitent autant une stratégie qu'une attitude « prosociale » pour gagner... »

Outre ces aspects psycho-sociaux, le chercheur évoque aussi les points positifs des jeux avec manettes. Ils peuvent développer une motricité fine chez les plus jeunes ou encore l'équilibre général.

Une revue de la littérature récente sur les effets des jeux vidéo montre aussi que leurs attraits mobilisent pas mal de chercheurs. Et ce dans des domaines aussi variés que la lutte contre le diabète, les capacités cognitives des personnes âgées, la prise en charge de patients souffrant de bronchite chronique obstructive ou encore la récupération cardiovasculaire après une attaque cardiaque. Qui a dit que les jeux vidéo étaient mauvais pour la santé ?


Rappel de la source : http://www.lesoir.be/lifestyle/sante/2011-07-26/quand-le-jeu-devient-dangereux-853140.php