Dans le cercle fermé de la finance, on appelle ça le top départ d’un rallye boursier de fin d’année. Ordonnés par un consensus d’analystes “surpris” par le succès critique et commercial de Super Smash Bros et des Amiibo, ces derniers dressent des louanges à Nintendo estimant le fabricant capable de tripler son profit grâce à ces deux leviers de croissance économique. « Nintendo surfe sur une bonne dynamique de croissance nous surveillons cela de très près » tente un analyste de la Iwai Cosmo Securities dans les colonnes du site Bloomberg.com. Même son de cloche chez un homologue de Ace Securities : « C’est l’année de la reprise (pour l’ensemble du secteur) les Amiibo devraient considérablement améliorer le bénéfice (de Nintendo). »
 
Alors, retour en grâce boursière de l’ex numéro un mondial des consoles de salon ? Méfiance. Le cours de l’action Nintendo a été divisé par dix depuis un plus haut atteint en novembre 2007 (la firme de Kyoto avait alors dépassé temporairement la capitalisation boursière de Sony, une première !). Depuis la commercialisation de la Wii U, l’orientation à la baisse s’est même accélérée pour atteindre un plus bas en février 2013... Spéculateurs, investisseurs et actionnaires – du moins les plus vociférants d’entre eux – avaient vertement critiqué la gouvernance de Nintendo marquée selon eux par une gestion passéiste de son portefeuille de marques. L’urgence est d’entreprendre des réformes structurelles avec en préalable l’ouverture aux marchés iOS/Android. Un discours déjà oublié ?
 
Comme à chaque période de Noël, le moment est à la goinfrerie spéculative platement décrite comme une phase propice à “l’ajustement de portefeuilles d’actions”. Alors on appâte l’investisseur en herbe dont la gestion en bon père de famille dénote d’une préférence pour la chasse aux bonnes affaires. Les prédateurs financiers prennent des positions (ici achat actions Nintendo) avant de lancer dans les médias des recommandations à l’achat qui se suivent étrangement un peu partout dans les journaux, sur le web, et au sein même d’agence d’informations financières comme Bloomberg, Reuters Financial... Malheureusement, un rallye boursier est caractérisé par sa nature éphémère alors que le bon père de famille investit dans le long terme. Généralement à ses dépends, car les lendemains de fêtes sont toujours annonciateurs de gueule de bois.