Céline fut probablement notre dernier grand styliste français dans notre littérature nationale. Avec une découpe des phrases à la
hache, la multiplication des signes de ponctuation comme autant coups de poing, Louis-Ferdinand a imposé sa marque de fabrique. Et cela dès son
premier roman, Voyage au bout de la nuit.  C'est la gouaille du peuple, l'oralité des faubourgs.

 Rien ne vaut la
compagnie des chats et des chiens

Avant de se caricaturer, car de livre en livre l'ancien docteur Destouches a poussé son style jusqu'à son paroxysme, quitte à devenir parfois
lourd et ennuyeux, Céline est l'auteur de quelques saillies
remarquables
. L'extrait que je tenais à vous faire partager
aujourd'hui est cette fameuse description de la campagne que livre le
personnage principal du Voyage au bout de la nuit. En
quelques mots, Céline nous dit tout son dégoût de la vie,
des gens. Formidable porte-voix des "sans grades", Ferdinand
reste un monument qu'il serait bête d'ignorer pour des raisons
idéologiques.

"La race, ce que t'appelles comme ça,
c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux,
puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste,
les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça, la France,
et puis, c'est ça les Français. (...) Arthur, l'amour, c'est l'infini à
la portée des caniches, et j'ai ma dignité, moi ! que je lui réponds
(...) Moi, d'abord, la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, sous ses
bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont
jamais et ces chemins qui ne vont nulle part. (...) L'attendrissement
sur le sort, sur la condition du miteux...
"

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