Il y
a quelques jours est tombée une news sur la mise en service d'un rayon Jeux
Vidéo au sein de la médiathèque de Chartres . C'est à ce moment que je me
suis rappelé qu'en effet, ces pratiques sont vraiment trop peu répandues en
France. Je me suis demandé pourquoi et voici un point sur ce que j'ai trouvé.

Point rapide sur le plan juridique

Sur
le site de l'ensibb (une sorte d'école d'ingénieurs des bibliothécaires),
on apprend que le jeu vidéo est encore un « objet juridique non
identifié » dans le cadre qui nous intéresse ici. Il y a déjà eu
jurisprudence stipulant que la location d'un jeu vidéo doit être autorisée par
son ayant-droit direct car la location (ou le téléchargement) est juridiquement
considérée comme un service et non comme une vente . Il faut donc une
licence spécifique pour pouvoir proposer la location de jeux à des clients.

Dès
lors, on peut rencontrer deux démarches contractuelles :

1.   1. Soit on va frapper à la porte de chaque éditeur
et négocier à chaque une licence spécifique à la location, ce qui est long et
probablement fastidieux (surtout si l'ayant-droit n'a pas de représentant en
France).

2.   2. Soit on met en place un contrat de
« ventes-rachats ». Le vendeur d'engage alors à racheter le jeu au
client dès lors que ce dernier le souhaite à un prix inférieur au prix de
vente. La différence est bien entendu considérée par les deux parties comme le
prix de location.

Quand
on voit que c'est beaucoup moins contraignant aux Etats-Unis, par exemple, où
louer un jeu a l'air aussi répandu que de louer un DVD, il y a de quoi grogner.
Car il ne faut pas se leurrer, la plupart des éditeurs vont penser, à mon avis,
que louer un jeu pour quelques euros pour une durée limitée, c'est un manque à
gagner par rapport à une vente au prix fort. Evidemment, l'acheteur peut le
revendre sur le marché de l'occasion mais là aussi, c'est techniquement un
manque à gagner pour l'éditeur puisque l'argent de cette vente d'occasion ne va
pas dans ses poches et ils essaient donc d'enrayer ce marché en donnant des
bonus au 1er acheteur selon l'éditeur ou en bridant l'expérience des
acheteurs de seconde main, selon les joueurs .

Et concrètement, on peut emprunter des jeux
vidéo dans les bibliothèques ?

Au
niveau du prêt en bibliothèque, il existe donc, outre Chartres, d'autres sites
qui ont expérimenté la chose . Le Quai des Ludes, à Lyon, met à la
disposition sur place de consoles et de jeux , la BMVR de Troyes a testé la
même chose avec Cerebral Academy sur DS pendant 6 mois en 2006-2007.
L'opération s'est déroulée avec succès... mais n'a jamais été renouvelée et la
médiathèque de Saint-Raphaël propose de jouer à DOFUS sur place depuis au moins
2008. Par contre, l'initiative de Chartes a l'avantage d'être un véritable prêt.
 Le Blog « Jeux vidéo et Bibliothèques »
propose d'ailleurs une carte des bibliothèques proposant la consultation ou le
prêt de jeux (ça a parfois été juste temporaire) .

Ça
ne concernera qu'un petit nombre de personnes, mais il faut savoir, comme je
l'ai déjà mentionné que la BnF a également un dépôt légal de jeux vidéo.
Ici aussi, les jeux vidéo dont ils disposent en 2 exemplaires peuvent être
consultés. Si vous avez la possibilité d'avoir une carte
« chercheur » et si vous réussissez l'entretien motivé, alors, ils
sont à vous ! (bon, j'avais prévenu :-o)

Mais
il existe peut-être aussi un problème plus « culturel » car une amie
travaillant justement à la BnF m'a fort justement fait remarquer que le Jeu
Vidéo n'était tout simplement pas (encore ?) assez noble pour entrer dans
les bibliothèques. Déjà qu'ils ont mis des manga,
il ne faudrait pas pousser mémé dans les orties !

Oui mais moi, je ne mets pas les pieds dans
les biblis, pourquoi on ne trouve pas de « loueurs » de jeux ??

Il
existe plusieurs raisons pour lesquelles cette pratique n'est pas répandue dans
notre beau pays comme on l'a vu au début. Mais quoi qu'il en soit, quand le
délégué du Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisir (SELL) lui-même est
contre la location en France en évoquant notamment le piratage (sic) , on a
le droit d'être un peu pessimiste sur l'avenir de cette pratique en France.

Lors
de mes recherches, j'ai souvent vu des journalistes, des forumeurs et des
éditeurs dire que la location était purement et simplement interdite ici .
Or, on l'a vu, c'est juridiquement possible, juste compliqué. Il faut donc
saluer le lobbying voire le « lavage de cerveau » opéré par certains
pour faire accepter cet état de fait par beaucoup de français et je pense que c'est
en partie pour cela que presque personne n'essaie d'obtenir une licence
locative. En même temps, la location de jeux vidéo a été officiellement
interdite en Belgique le 1er décembre 2008, à titre d'information
.

La
location étant donc très peu répandue en France, il ne reste, au niveau du
privé, que le contrat «achats-ventes ». J'ai repéré 2 sites pratiquant
cette opération : http://www.gameplazza.com/et  http://www.okajeux.com 

Le
premier site a visiblement arrêté la location de jeux consoles, redirige vers leur
nouvelle plate-forme pour les jeux mobiles et les liens renvoient vers www.metaboli.fr  pour le téléchargement de jeux PC. Le
deuxième par contre est toujours en activité pour les consoles et propose, pour
un abonnement à partir de 10€ par mois, de commander un jeu et de le renvoyer
quand vous l'avez fini.

C'est,
en quelque sorte, un contournement habile de la difficulté de proposer un
service de location. Le joueur peut arriver ainsi à mieux gérer son budget par
rapport à un achat et une revente sur le marché de l'occasion et le site
fonctionne assez bien puisqu'il a atteint l'équilibre dès la 3e
année .

 

Petites réflexions sur l'avenir (mode « boule de cristal »
enclenché)

Les habitudes de consommation
changent. Tant au niveau des consoles de salon que des portables, de nouvelles
options sont disponibles ou se profilent dans un futur très proche. Ces
nouvelles façons de consommer le jeu vidéo auront, je pense, un impact direct
sur les besoins en location ou prêt.

En effet,  le jeu sur téléphone portable se diversifie, s'étend
et les capacités techniques des machines font en sorte que ces derniers sont
tout à fait capables d'avoir des jeux qui, techniquement, n'ont rien à envier
aux consoles portables plus traditionnelles. De même, des solutions de jeu en
streaming comme OnLive permettent de jouer, pour le même type d'abonnement que
celui d'Okajeux, à une librairie conséquente et renouvelée, sans nécessiter l'achat
d'une console (ou alors avec l'achat d'un petit boîtier au prix raisonnable) et
dans des conditions techniques pratiquement optimales (sous réserve qu'on
puisse adapter le degré de compression à notre bande passante). Dans ces
conditions, louer un jeu en se déplaçant dans un magasin ou devoir attendre l'arrivée
du jeu par la Poste, ça devient obsolète. Peut-être finira-t-on tous par louer
des jeux, mais d'une façon différente.

 

 

Sources :

http://ht.ly/3XjIt

http://www.enssib.fr/questions-reponses/une-question-10797

http://www.afjv.com/juridique/060123_location_telechargement_jeux_video.htm

http://www.gameblog.fr/news_17557_thq-acheter-des-jeux-d-occasion-c-est-nous-tromper

http://www.geekmag.fr/jeux-video-le-march-de-loccasion-torpill-par-les-diteurs-et-fabriquants-de-consoles/

http://www.quaidesludes.com/

http://www.gameblog.fr/article-lecteur_846_donkey-kong-la-10e-merveille-du-monde

http://www.jvbib.com/blog/index.php/la-carte-des-jeux-video-en-bibliotheque/

http://overjeu.blogspot.com/2009/09/jeux-video-toujours-interdits-de.htmlvia http://www.gameblog.fr/blogs/numericity/p_5517_le-jeu-video-en-bibliotheque

http://www.rmc.fr/forum/rmc/les-grandes-gueules/la-location-de-jeux-video-en-france-580/messages-1.html

http://www.jeuxvideo.com/forums/1-49-11503-1-0-1-0-la-location-de-jeux-video.htm

http://www.rtbf.be/info/societe/detail_la-location-de-jeux-video-va-etre-interdite?id=5208253

http://www.generation-nt.com/location-jeu-video-belgique-actualite-180911.html

http://visionary.wordpress.com/2011/02/16/location-de-jeux-video-gros-potentiel-et-jolis-defis-en-perspective/