Il existe des conditions de travail éhontées que le monde merveilleux du jeu vidéo tente d'étouffer. Les indignations systématiques des joueurs à la limite du réflexe pavlovien trouvent un exutoire parfait dans leur combat sans fin contre la légèreté "des études scientifiques" traitant de l'influence des jeux violents sur le comportement. Continuons donc à ne rien voir. Jusqu'à ce que les médias se saisissent de scandales humanitaires et sociaux qui touchent les sous-traitants des grands constructeurs. Nintendo compris.
 
Foxconn aura fait parler d'elle plus d'une fois. Ce sous-traitant taiwanais a raflé énormément de contrats au nez et à la barbe de ses concurrents issues d'autres pays émergeants. La compétitivité prix, la docilité d'une main d'oeuvre qualifiée ainsi que le respect des délais de production très tendus a pesé dans la balance des géants de l'informatique, de l'électronique et du jeu vidéo. Apple, Sony, Microsoft, Nintendo ont tous jeté leur dévolu sur ce partenaire industriel stratégique. Avec des fortunes diverses. De récents mouvements sociaux ont secoué la bonne marche des affaires des dirigeants de Foxconn. La plus spectaculaire prendra la forme d'une menace de suicide collectif de salariés réfugiés sur le toit du siège social de la société. Apple, Microsoft étaient alors mis au pilori par les grands médias pour avoir été peu regardant sur l'honorabilité de leur partenaire industriel.
 
Dans l'urgence, l'instauration d'un dialogue social avait permis aux salariés de bénéficier de meilleurs conditions de travail. Revalorisation des salaires, cadence de travail moins soutenue et autres acquis sociaux ont acheté la paix sociale et relancé les affaires courantes. C'était sans compter la prédation des dirigeants de Foxconn à répéter d'identiques pratiques managériales moyenâgeuses dans d'autres pays d'Asie...
 
 
Le lancement de la Wii U est hautement stratégique pour Nintendo. Le prix de vente est l'un de ses principaux cheval de bataille : "vous serez étonné du prix d'achat de la Wii U" s'était vanté il y a peu Reggie Fils-Aime. Et pour cause. D'après l'enquête menée par un site chinois appelé Sina, Nintendo aurait dépêché les services de Foxconn afin d'assembler la Wii U dans une usine située au nord-est de la Chine. Habituellement peu regardant sur la réputation de ses partenaires d'affaires, Nintendo est de nouveau pris au piège. Il apparaît en effet que l'usine fraîchement ouverte embauche de très jeunes salariés âgés de 14 à 16 ans.
 
Pire, c'est sous la contrainte que de jeunes étudiants ont été débauchés en tant que stagiaires. Le chantage aurait été employé afin de les dissuader de partir : "sans stage tu ne décrocheras pas de diplôme d'études secondaires" voire même sous la menace d'une expulsion de l'école dans laquelle ils étudient, rapporte China National Radio. Les élèves enrôlés malgré eux témoignent d'abjects conditions de travail : "j'ai pris mon service de nuit pour finir au petit matin, vers 7 heures mais si tu ne finis pas ton travail, le contre-maître ne te laissera pas partir mes bras ont beaucoup souffert." Son calvaire ne s'est malheureusement pas arrêté là. Après avoir travaillé sans relâche, effectué des heures supplémentaires, le jeune stagiaire aurait demandé un congé maladie à ses supérieurs, immédiatement refusé. Après son troisième jour d'absentéisme, il a été licencié de l'usine et par ricochet expulsé de l'école dans laquelle il étudiait les sciences techniques.
 
Comme pour se laver de tout soupçon, une enquête interne a été diligentée par les dirigeants de Foxconn, confirmant l'existence de telles pratiques sociales : "ce n'est pas seulement une violation du droit de travail en Chine, c'est également une violation de la politique de Foxconn. Des mesures immédiates ont été prises pour remettre les stagiaires sur le chemin de l'école."
 
Ce n'est pas la première fois que Nintendo est mêlée de près ou de loin à de tel scandale. Le constructeur s'est toujours défendu d'appliquer une politique vertueuse dans la sélection de ses partenaires industriels. Pour se prémunir de cabale médiatique, elle aurait mis en place un audit régulier dans ses relations d'affaire. Visiblement, celui-ci est diablement insuffisant ou hypocrite. Je pencherai pour le second, et vous ?